Gilets jaunes: bonnet rouge et blanc bonnet?

Ce qu’il y a de bien avec ce blog, c’est que, à la relecture, on s’aperçoit assez vite (ou pas, ça dépend de la fréquence de publication de l’auteur) qu’on n’est jamais à l’abri de dire des conneries, voire d’en écrire. Mon dernier article, à lire ici et qui s’intitulait: « Gilets jaunes: une pierre blanche » date du 21/11, soit mécaniquement 4 jours après le 17 (le premier samedi) et 3 jours avant le 24 et le fameux « Black Saturday » des Champs-Elysées, juste après le Black Friday du même nom. Et force est de constater que des choses se sont passées et pourraient m’amener à dire que j’avais écrit plus vite que je ne l’aurais dû.

La donne a-t-elle fondamentalement changé entre-temps? Pas forcément. Comme tout le monde je suis affligé par les images des Champs à feu et à sang, et je peux vous garantir que la journée des riverains n’a pas été de tout repos. Habitant une des avenues adjacentes à l’Etoile (évitez svp les commentaires désobligeants du type « t’as qu’à pas habiter dans ce type de quartier de bourges »), j’ai passé la journée fenêtres fermées et calfeutrées, non pas à cause du danger mais de l’air irrespirable qui y régnait, entre les fumigènes, les lacrymos et la fumée de ce qui brûlait sous les mains de casseurs (en général, plastique, essence et détritus, c’est moyen à respirer). Pour les sceptiques, je poste ici une photo prise de mon balcon à 21h…

Pour autant qu’est-ce que j’ai vu de mes yeux, et non de ceux de BFM et C News? Des abrutis en groupes sporadiques de 10 ou 12 mettre le feu dans la rue en 30 secondes, sous couvert de cagoules et de sacs à dos bien équipés, y jeter tout ce qui traînait, puis des gilets jaunes (des vrais?) extraire du brasier naissant un ou deux scooters qui ont eu la chance de tomber sur ces bons samaritains. Ok, les choses sont claires: les ploucs sympas vs les casseurs de banlieue. Le lendemain, j’ai discuté avec un serveur de café du quartier que je connais un peu, en lui demandant « s’ils n’avaient pas trop souffert hier ». Il m’a répondu que non, et de toutes façons « il n’était pas là, il était de repos et il était… aux Champs ». En n’omettant pas de préciser d’ailleurs que « ils » (les casseurs) voulaient saccager Vuitton et que « on » (les gentils) les en a empêchés. De surprise en étonnement, puisque j’avais toujours imaginé que les gilets jaunes « montaient à Paris » de Province (de région comme on dit maintenant dans la novlangue politico-médiatique), alors que certains « montaient l’avenue de Wagram » en sortant du taf… De surprise en interrogation aussi, tant certains casseurs ont parfois des revendications, à défaut d’idées, et que certains Gilets Jaunes labradors se sont pris au jeu et laissé engrainer dans des barricades et des violences urbaines qu’ils n’imaginaient mêle pas vivre un jour .

De surprise en paradoxe aussi, puisque les choses ne sont pas si simples. Je m’en doutais un peu, mais le monde n’est pas manichéen, avec les gentils GJ (c’est mon petit diminutif pour eux) et les méchants casseurs (d’extrême gauche? d’extrême droite? d’extrême connerie?). Cette fameuse France d’en bas, des périphéries, des zones rurales, de Johnny, de Patrick Sébastien, de Jaquie et Michel, etc… recrute aussi… parmi les serveurs de café des beaux quartiers parisiens. La misère, la précarité, ou tout au moins l’extrême colère est partout, même sous nos yeux de privilégiés.

J’avais lu à ce sujet un truc très juste, a priori évident mais auquel je n’avais pas pensé, à rétorquer à Manu le Malin qui se proposait de « donner un job dans la restauration au premier mec qui traverse la rue ». Oui, effectivement, ces métiers recrutent et ont du mal à trouver du personnel. Et ils proposent de payer les mecs, genre le SMIC plus les pourboires j’imagine. Mieux que Pôle Emploi dans tous les cas. Sauf que quand tu es serveur sur les Champs et payé au SMIC, tu ne peux pas te loger dans le quartier a priori (ni même y manger quelque chose – see Gérald Darmanin). Donc tu habites loin, très loin, là où tu peux trouver un tout petit logement. Mettons en petite, ou plus sûrement grande couronne. Pas grave, on est à Paris, il y a des transports en commun. Ah oui? Pour rentrer dans le 78 quand tu as fini de ranger le bouclard, vers 2h du matin? Et tu vas prendre un Uber à 150€ pour rentrer? Intenable donc, et sûrement, à l’épreuve des faits, irrésistible aux déclarations manichéennes à l’emporte-pièce de notre Président.

Je n’ai pas plus ni moins de sympathie pour les GJ que la semaine dernière (même si certains, parmi mes fidèles lecteurs -qu’ils soient remerciés ici- me soupçonnaient d’une forme de tendresse à leur égard), mais j’en apprends tous les jours un peu plus sur eux. Ils m’étonnent tous les jours. Leur nombre, leur provenance, leur origine me surprennent tous les jours. Et, tous les jours, ils renversent un des clichés dans lesquels je les avais cantonnés, aiguillonné en cela par tous les media qui, certes, expliquent leur hétérogénéité, mais les classent tous d’un même élan dans « la France oubliée, rurale, sans éducation, qui souffre, etc… ». Et là, l’expérience du terrain te montre que c’est vrai, mais qu’on peut souffrir partout, à tout âge, quelque soit son niveau d’éducation… Donc que face à un bonnet blanc, le leur est plus rouge que blanc, tant ils ne ressemblent à personne, et encore moins à un autre gilet jaune. Pas un bonnet d’âne, mais un bonnet rouge. Un bonnet rouge comme d’autres mouvements populaires. Il y a 4 ans. Ou il y a plus de 200 ans. La France est éternelle…

 

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Gilets jaunes: une pierre blanche

Comme beaucoup de gens j’imagine, j’ai suivi cette journée du 17 novembre et la déferlante annoncée des gilets jaunes en France. Je ne l’ai pas suivie sur BFM en continu, malgré un temps maussade qui aurait pu inciter à de telles lassitudes paresseuses, et contrairement à un nombre élevé de Français qui ont, d’après les derniers scores d’audience, offert aux chaînes d’info des records historiques. J’ai suivi cette journée tellement il était impossible de passer outre au vu du battage médiatique organisé bien avant.

Les media avaient prévenu. On allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu. Des centaines de milliers de Français (non je ne rentrerai pas dans la polémique des chiffres et des comptages officiels) bloquant des milliers de points dans tout le territoire (A ce propos d’ailleurs, combien de gilets jaunes en Corse au fait?:)). Des rassemblements spontanés, foutraques, désorganisés, bordéliques, contradictoires, véhéments, rigolards, bon enfant, violents, paillards. Bref… la France. Qu’on ne me fasse pas écrire ce que je n’écris pas, je déplore évidemment les violences, les débordements, les tensions, donc les blessés et a fortiori les deux morts que ce mouvement a générés. Mais globalement, on a eu sous les yeux ce que la France en général nous offre au quotidien: des gens « normaux » comme on dit dans la pub (donc très différents de ceux que l’on y montre comme gens « normaux » – sic!), pas forcément super malins, heureux de foutre le bordel et de ne pas trop argumenter vu la profondeur de leurs idées. Ils me rappelaient furieusement des gens un peu frustes dans ma ville de naissance, interviewés peu avant l’élection présidentielle de 2002 et l’accession de JM Le Pen au 2ème tour, qui disaient face caméra: « on en a marre des autres et puis c’est tout ». Vaste programme…

Revenons aux gilets jaunes. De quoi s’agissait-il? D’une chenille géante? D’un lip dub sur Patrick Sébastien et Le petit bonhomme en mousse? D’un barbecue XXL chez Vinci Autoroutes? Un peu de tout ça. Mais, au départ, d’un coup de gueule (bien français certes) contre la hausse de la taxation de l’essence et de la perte de pouvoir d’achat qui s’ensuit. Un mouvement de protestation. Né sur Internet. Sur Facebook plus précisément, ce parent pauvre du Web délaissé par les élites et les agences bien pensantes depuis justement qu’il a conquis la France profonde (comme on dit) et les « cibles » qui ne font pas vraiment l’opinion. Un mouvement sans véritable leader, sans colonne vertébrale, qui ressemblerait à s’y méprendre à une slide d’agence illustrant le passage d’un système top-down vertical et descendant à un écosystème libre, ouvert et mouvant, donc… résolument moderne.

Ce mouvement n’a effectivement pas de leader, pas de programme, passe de « essence moins chère » à « Macron démission » et « on veut du pognon », bloque les voitures ou les filtre, sourit ou agresse, bref fait n’importe quoi. Et les media s’en délectent. Et les éditorialistes s’en régalent, non sans un certain dédain, cachés derrière leur écharpe rouge sous les sunlights des plateaux télé.  Et la France « d’en haut », celle des élites, des politiques, des influenceurs de tout poil, voire des agences, s’esbaudit quand elle ne se gausse pas de ces nains jaunes batifolant dans la nature.

Et pourtant, cette France de Marine et Jean-Luc, cette France de Jaquie et Michel, cette France de Nathalie et Bernard, c’est celle-là même qui ne vote pas ou plus ou à l’extrême, c’est celle qui ne connaît pas les joies des livraisons à domicile et de toutes les applis inventées en zone urbaine, c’est celle qui galère loin du quinoa, du curcuma, du boulgour et des boutiques mono-produit. Elle se prend en main et retourne contre ses créateurs les outils qu’ils ont mis à sa disposition. La première manifestation 2.0, voire 3.0, qui ne correspond à rien de ce que l’on connaissait ou voulait créer.

Voire… En impulsant ce mouvement, les gilets jaunes ont concrétisé ce que toutes les marques et agences veulent faire et obtenir: de l’engagement, de l’action, au delà de l’épuisant effort d’un clic sur un bouton Like, voire d’un commentaire étayé en mode Lol. Ils ont créé une vraie communauté au sens où tous rêvent un jour d’en créer une: au delà des âges, des sexes, des régions, des CSP, au delà de tous les critères traditionnellement utilisés pour cibler. Une communauté qui durera ce qu’elle durera, et ne résistera sûrement pas à l’épreuve du temps, à la radicalisation, à la récupération, à la répression, etc… Mais une communauté qui aura vécu en tant que telle et méritera, au moins pour cela, de rester dans les mémoires.

Alors, au lieu de s’offusquer, de railler et de mépriser, peut-être devrions nous regarder de plus près le mouvement et contempler la première vraie victoire de ce que tous ont appelé de leurs voeux il y a encore peu: le consommacteur, le citoyen 2.0, l’individu media, etc… Et s’il prend une forme bizarre ou tout au moins inattendue par rapport à ce que nous attendions, gardons le et observons le: un enfant bâtard certes, mais un enfant. Notre enfant.

RMC Sport: chronique du désastre annoncé du libéralisme sauvage

Ce 18 septembre 2018 est à marquer d’une pierre blanche. Pour la première fois sûrement dans l’histoire de ce pays, personne ou presque n’a vu LE match de phase de poules de  LA compétition majeure DU sport majeur: le fameux Liverpool-PSG.

LE match parce qu’a priori, n’en déplaise aux Italiens (Naples) et surtout aux Serbes (Etoile Rouge de Belgrade), Liverpool, finaliste 2018, est le concurrent majeur du PSG pour la qualification dans ce groupe. LE match parce que ça se jouait… à Liverpool, à Anfield, le Kop, les Reds, l’enfer rouge, Keegan, Fairclough, Dalglish, Rush, Owen, Gerrard, Salah, Sané, etc…. L’endroit où Bathenay n’a pas suffi en 1977 pour St-Etienne, l’endroit où Valbuena a régalé 30 ans après, etc… Et RMC Sport ne pourra pas me faire changer d’avis: il reste 5 matches de poule pour le PSG, dont 3 au Parc, mais s’il y avait un match à voir, c’était bien celui-là. Et je ne dis pas ça uniquement a posteriori pour avoir entendu (et non vu) à la radio cette délicieuse défaite dans les arrêts de jeu.

LA compétition majeure parce que, honnêtement, la Ligue 1 ne vaut plus rien maintenant que le PSG termine champion tous les ans en mars. Ok je regarde les matches de l’OM (sur Canal puisque c’est systématiquement un premier choix, ce qui me fait penser d’ailleurs que mon abonnement Bein ne me sert plus à rien), je frissonne à peine devant les OM-PSG, voire OM-OL. Mais sinon… Le seul moment qui me réjouit vraiment, c’est février ou mars, cette fin d’hiver languissante où le PSG, éternel champion d’automne, ne voit jamais le printemps. En Ligue des Champions. LA compétition majeure…

En attendant ce grand jour de fin d’hiver (à « voir » sur RMC Sport donc!) le football a peu d’importance. Ou plus. Alors donc, les prémices de cette grande émotion étaient à vivre hier soir.  Soyons franc, je n’ai pas voulu m’abonner. Parce que franchement la coupe est pleine, entre Internet, Canal, Bein (et encore je ne suis pas abonné Netflix, je le pirate…). Parce qu’également les abonnements « digitaux » pour les non-abonnés SFR (Drahi, tu peux crever pour que je vienne chez toi et cède à ton chantage pour la box et le mobile), ça ne marche pas, tous les spécialistes te le disaient déjà avant (j’avais lu, je m’étais informé). Et parce que franchement, pour mettons 4 matches dans l’année, c’est plus cher qu’un repas chez Lasserre… Donc pas abonné, j’hésite entre le 50/50 (regarder, pas regarder), l’appel à un ami (abonné, mais je n’en connais pas) ou le vote du public entre : un bon lien streaming, un bar/pub à la con qui retransmet, l’Equipe TV avec Yohann Riou qui gesticule et Maison A Vendre sur M6… Je finis par faire un mélange de tout ça, voir des images sur un stream russe pour la deuxième mi-temps sur mon Ipad avec 2 mn de retard sur live pendant que je reste ébahi devant la chorégraphie de Yoann Riou et que je commence à voir sur Twitter et Facebook les cris d’orfraie des mecs qui ont payé, eux.

Eh oui je n’ai aucune excuse, je n’ai pas payé. Mai eux si. 19€ par mois en abonnement « digital ». Qui plante. Qui plante grave. Avec aucune hotline. Aucun service client. Rien… Catastrophe industrielle. Communication de crise. Effet boomerang. Après le hold-up sur la Premier League et le peu d’effet rebond généré, Drahi pensait bien avoir trouvé là son produit d’appel. Et n’avait pas hésité à balancer 370M€ dessus. 370M€… 2 fois le prix précédent. Un investissement rentabilisable en 50 ans à peu près… Les déclarations d’aujourd’hui sont surréalistes: « on escomptait un afflux de connexions, mais pas à cette hauteur ». Mais bougre de crème d’andouille, tu connais le foot ou quoi? Tu pensais quoi? Que les mecs qui ont le culot de s’abonner voulaient mater Apollon Limassol – Dinamo Zagreb? Si tu n’as pas un afflux de connexions là, tu l’auras quand? Et le multi-canal, tu y as pensé? Le fait que les rares mecs abonnés refilent leurs login / mot de passe à leurs potes dans la mouise et te génèrent automatiquement  3 à 5 fois plus de connexions que prévu, tu y as pensé?

La morale de cette pauvre histoire, c’est que la Ligue des Champions, et le football en général, ont une histoire. Et quelle histoire. Mais plus de morale. Longtemps j’ai cru que le football allait tuer le football. Que trop de matches à la télé allait finir par en tuer l’intérêt, le sel, et que je serais gavé. C’est l’inverse qui se produit. Je suis gavé par la FIFA, l’UEFA et ces abrutis financiers à la Altice qui se gavent (pour l’instant…) sur le dos du (bon et grand) public en faisant payer très cher pour… rien. Gavé par le fait que, même en payant, on ne voit plus rien du plus beau sport qui existe. Dans Ridicule, le sublimissime film de Patrice Leconte de 1996, un noble ridiculisé quitte la cour pour aller se pendre sur ces mots: « Louis, roi de France, n’oublie pas que c’est cette noblesse que tu humilies qui t’a fait roi! ». Je ne vais pas aller me pendre, je vais juste me désintéresser de l’affaire. comme une grande partie du public. Parce qu’ à force d’être pris pour des jambons par des amateurs vénaux qui ne comprennent rien au véritable amour populaire pour ce sport, on sera nombreux je l’espère à leur dire: « RMC, SFR, UEFA, rois des médias et du sportainment, n’oubliez pas que c’est ce public que vous méprisez qui vous a fait rois! ». Dansons la carmagnole, vive le son, vive le son…

Pour mettre un terme au court terme

Je me souviens d’un temps pas si éloigné où, pour stigmatiser une réflexion certes non dénuée d’intérêt, mais relativement limitée et peu inscrite dans une véritable vision, on utilisait l »euphémisme suivant: « c’est un peu court-termiste »… Et là, on exprimait globalement ce qu’on pensait vraiment. Il/elle a certes raison, de son point de vue, avec ses ornières et sa courte longue vue, mais en fait, il s’avérera in fine qu’il/elle a tort car il faudra prendre en compte ça, ça et ça (que sa vision ne prend pas en compte), tant et si bien qu’à la fin ça ne marchera pas…

Si en ces lignes je rappelle (aux plus anciens) et j’explique (aux plus jeunes) cette notion de « court-termisme », c’est tout simplement parce qu’aujourd’hui elle n’existe plus. Ou plutôt trop. En fait elle n’existe plus en tant que telle, car elle est devenue la règle établie, la norme, l’étalon, si bien que d’aucuns aujourd’hui, à l’instar de nous auparavant, raillent les inspirations et les idées visionnaires en fustigeant leur utopie et leur naïveté d’un cinglant « ok c’est bien joli tout ça, mais un peu long-termiste non? ».

Las. Examinons l’ensemble des composantes de la société. Politique: que ne dira-t-on pas de Macron à terme (ah mince ça revient), donc disons en mai 2022, quand son premier (et ultime?) mandat arrivera à terme (encore!!!). Qu’il a plus ou moins bien géré la France, expédié les affaires courantes (le court terme donc), mais n’aura imprimé comme vison que de nouvelles armoiries à l’Elysée, une boutique de goodies en ligne et des valses hésitations sur la politique étrangère à mener. Quid du climat? Des générations futures? Pas grand chose a priori si on en juge par sa gestion du cas Hulot et son choix assumé en faveur des lobbies (court-termistes, c’est clair). Quid de la cohésion sociale? De l’identité nationale? Las…

Economique maintenant. La tendance aux micro-tâches et à la parcellisation du pouvoir donne à chacun des objectifs certes plus ou moins personnalisés, mais d’une envergure pathétique et surtout.. extrêmement court-termistes… Ton objectif: faire les chiffres… du mois, voire de la semaine. Gagner 15% de followers Instagram en 1 mois. Reprendre 2 points de Top of Mind d’ici la rentrée…  Face  à ce genre de choses, on ne pourra élaborer et mettre en place que des actions… court-termistes, car répondant à l’objectif donné du même nom. En usant souvent de stratagèmes éhontés et grossiers où ces ‘performances’ seront achetées plus qu’obtenues. Quand LVMH s’est aperçu au bout de longues années que Vuitton perdait de sa valeur à force de tirer sur l’élastique et de vendre des porte-clés à 20€, il n’était certes pas trop tard, et il est clair que LVMH s’est largement engraissé sur son dos pendant de longues années, mais le revirement a été sévère. Ne me laissez pas dire que Bernard Arnault n’avait pas vu le coup venir, mais sa visions court-termiste , qui lui a sûrement servi par ailleurs à financer des acquisitions et une vision à long terme d’autre part, l’a emporté à un moment donné sur le long terme. Las…

Personnel. Je ne reviendrai pas sur les chiffres du divorce, et je serais extrêmement mal placé de le faire. Mais force est de constater que les relations amoureuses, par exemple, se vivent désormais au jour le jour, ou plutôt à la nuit la nuit, via Tinder, Snapchat, etc…, et que la recherche de relation « sérieuse » (à long terme donc) devient une niche dans la catégorie (hello Meetic), donc une source de business plus ténue. Las…

Sportif. Ca en devient tellement grotesque que plus personne n’affiche d’ambitions, même pas le PSG avec 20 points d’avance à 7 journées de la fin, puisque « il faut prendre les matches les uns après les autres, l’important c’est les 3 points, le match à Angers samedi, on fera les comptes à la fin,  etc… ».

Nous vivons dans une ère de l’instantanéité, du concret et du quantifiable. Tout ce qui justifie du court terme. Car le long terme ne donne pas de résultats immédiats. Par son incertitude et son aspect futuriste, l n’est pas aussi concret. Il n’est pas quantifiable, et encore moins dans le moment. Mais la vision à long terme permet de donner un cap, une ambition. Elle permet aussi de s’affranchir des scories du moment pour ne viser que le but ultime, indépendamment des aléas et des fluctuations intermédiaires. Elle requiert force, persévérance et ténacité. Elle a surtout besoin d’indulgence, de pardon et de repentance. Tout ce qui manque à un Macron qui ne pensera qu’à être réélu. A un patron qui ne voudra que ‘faire les chiffres » pour les USA. A ce propos, je repense à ce dessin de Voutch (ce génie) dépeignant la veulerie ordinaire du monde de l’entreprise avec un petit PDG vissé sur sa chaise et apostrophant son n°2 au son de: « je me fous de savoir si c’est mauvais pour la planète Bouchard. Je veux savoir si c’est mauvais pour la planète avant mon départ à la retraite dans 2 ans, 4 mois et 17 jours ».

Le long terme n’existe plus car le monde s’est (dé)structuré ainsi. Et, si on revient  à l’étymologie (ah le sens des mots!) rappelons juste que terme signifie…fin. Ce monde court-termiste aurait-il, suprême et sublime engeance, la conscience ou simplement la juste impression de sa propre fin? The end is near, comme il est dit dans… Fortnite…

Amazon Echo: on n’arrête plus le progrès de la connerie

Comme on dit parfois chez les plus jeunes, alerte! Voire double alerte! Alerte un parce qu’une fois de plus, malgré des éléments trompeurs de titre et d’image, ce post ne parle pas (que) de progrès, mais plus généralement de notre société et de son avenir, si tant est qu’elle en ait un. Alerte deux = alerte vieux con, pour les plus jeunes (une majorité) qui trouveraient que ce post ne « fait aucun sens », comme ils disent (une majorité aussi?).

Nous sommes le 27 juin 2018, au début de l’été, en pleine Coupe du Monde de foot, et nous baignons depuis quelques années dans une frénésie de technologie toujours plus « intelligente » pour le plus grand bonheur de l’humanité connectée.

Il fut un temps où il fallait faire les choses par soi-même, lire des livres, emmagasiner du savoir pour devenir un « honnête homme », et se bouger le cul pour aller remplir son panier de courses au marché du coin. Il le fallait parce que c’était comme ça, et que globalement il n’y avait aucune alternative à ces règles. Les ordinateurs sont passés par là, et on a commencé à pouvoir faire faire ces choses. En « écrivant », ou plutôt, comme je le fais actuellement, en tapant sur un clavier, puis en appuyant sur des touches fatidiques car définitives, alternativement « envoyer », « commander », « supprimer », « confirmer », etc… Le tout en passant par l’étape obligatoire du « êtes-vous sûr, voire bien sûr de vouloir faire cela? », quand, à 3h du matin et autant de grammes, on se prenait à reset son ordi ou son téléphone et effacer ses données, à commander un Uber pour aller à Perpignan, ou à acheter 4 articles sur chanel.com pour un total HT de 15700€. C’est assez cocasse d’ailleurs de constater que, si une personne est assez conne / ivre / défoncée pour faire tout ça, le créateur de l’interface a jugé qu’elle reprendrait ses esprits et dégriserait immédiatement à la vue de ce « êtes-vous bien sûr…? ». Aaaaattends lààààà jeee suis paaaas très sûûûr finalemennnnt…

On a donc supprimé l’écriture manuelle pour la remplacer par le « tapuscrit ». De même, on a préféré stocker le savoir dans « une galaxie infinie ouverte à tous », tant et si bien que plus personne n »éprouve le besoin de s’en approprier la moindre parcelle. Mais il y avait encore trop de trucs à faire; allumer un ordi, aller sur un site, taper, confirmer, etc…

Et là le PROGRES nous propose un truc génial: plus la peine, t’as qu’à parler. Et on invente Google Home et Amazon Echo. Ah c’est cool on va pouvoir éviter toutes ces tâches fastidieuses (lesquelles exactement?) pour pouvoir tout voir / faire / savoir en parlant, et se consacrer à des choses plus essentielles. Lesquelles exactement? Jouer à League of Legends? Liker des posts d’Instaconnasses? Se branler pour la 4ème fois sur YouPorn? Et demain, quand parler deviendra trop fatiguant, l’IA nous proposera-t-elle de lire dans nos pensées, s’il en reste encore, pour les devancer? Ca promet de belles heures de rigolade en perspective. J’aimerais voir les réponses d’Echo aux pensées des personnes dans une pièce dans une soirée: « oui, d’après son historique réseaux sociaux, la nouvelle copine d’Arthur est vraiment une salope, d’ailleurs… ». « Non, il n’y a plus de pizza, la dernière part a été mangée par Vanessa en scred dans la cuisine »…

Mais je m’égare car Echo et Google Home ne servent pas à cela. Ce serait trop simple de leur demander ce pour quoi ils ont été conçus à l’origine: racheter du PQ, nous dire s’il va pleuvoir (c’est vrai qu’un ciel noir, du vent et une température qui se rafraîchit, ce n’est présage de rien), répondre aux questions usuellement posées sur Google genre « pourquoi les Chinois sont jaunes, les Noirs bien membrés et les Juifs riches… ».

Non,et j’en veux pour preuve le film de pub de lancement d’Echo. Une jeune fille d’environ 15 ans. Unique (la fille, comme fille unique). Ses parents, l’air sympa (merci le casting), qui l’aiiiiiiment et viennent d’acquérir l’objet. Et l’utilisent: va-t-il pleuvoir à Nantes? Oui (il pleut toujours à Nantes, tu ne risques pas de te tromper). J’ai acheté des pommes, trouve moi une recette de tarte aux pommes… Echo est fort: « j’ai trouvé une recette de tarte aux pommes », alors qu’il y en a 62000 sur Internet et que le premier abruti venu (moi) sait qu’il faut une pâte, du sucre et des pommes coupées en morceaux… Les parents  sont complètement à l’Ouest (ah ben oui puisqu’ils sont à Nantes). mais la jeune fille s’en fout. elle est amoureuse. Ben oui c’est normal elle a 15 ans… Mais, attention, tour de force créatif et tribute au zeigeist ambiant, elle est amoureuse… d’une autre fille… Ah merde! C’est dur! Surtout quand on a 15 ans. Et à Nantes en plus… Elle ne sait pas comment le leur dire et sortir du placard où ses parents sympas mais niais entassent les pommes…Elle tente de leur écrire, avec un crayon! Mais n’y arrive pas. Elle sait écrire a priori, mais ne trouve pas les mots… (voir ci-dessus pour le clin d’oeil). Et là, idée de génie, elle décide d’utiliser le dernier gadget des renps (car chacun sait qu’aujourd’hui, « ce sont les enfants qui apprennent aux parents », NDLR). Elle se plante devant eux et leur dit; « papa, maman, j’ai quelque chose à vous dire ». Elle pourrait dire qu’elle en a marre des tartes aux pommes, de racheter du PQ tous les deux jours, d’habiter à Nantes où il pleut tous les jours… Non. Elle se tourne vers son sauveur, ce petit boitier d’Echo et lui dit: « recommence ma musique ». Un truc qu’on dit tous évidemment, ce qui par ailleurs en dit long sur la vraie intelligence artificielle de l’objet et sa capacité à parler notre (nov)langue. Bref le truc comprend et commence à jouer « j’aime les filles » de Jacques Dutronc. Et elle, super fière, un sourire moqueur et soulagé  aux lèvres, tandis que ses parents font des têtes de bulots. « Qu’a-t-elle bien pu vouloir nous dire? Qu’elle aime Jacques Dutronc? Mais nous aussi… ». « Oh non, à moins que… ». Packshot, voix off, on emballe le tout. Echo d’Amazon, pour les petits et grands moments de notre vie, de A à Z comme Amazon, etc…

La morale de cette histoire c’est que le cauchemar a commencé et que l’IA, la techno (le progrès, pas la musique) ont déjà compris, dépassé voire supplanté nos paroles et nos pensées. Ok on le savait déjà depuis que Sarah Connor nous a prévenus il y a 35 ans. A peu près en même temps que Marty McFly d’ailleurs… Tous ces personnages de fiction (à l’époque) que les développeurs qui commettent les objets actuels vénèrent… Mais d’ailleurs, est-on bien sûr que ces développeurs soient vraiment tous humains?

Disqualifiable

Je me souviens, comme souvent, du titre de mon quotidien préféré (oserais-je citer L’Equipe?) qui n’a barré la une du journal que 2 fois à ma connaissance: INQUALIFIABLE, en novembre 1993 après France-Bulgarie et en mars 2017 après le 6-1 du Barça contre le le PSG (hi hi hi) et la fameuse remontada…

Deux fois où, effectivement, aucun autre mot n’était possible, puisqu’il s’agissait dans les deux cas, et pour des équipes et des époques bien distinctes, de contre-performances avérées où il était admis, vu le passé (les matches précédents) que « tous les clignotants étaient au vert » et qu’il faudrait une catastrophe colossale pour ne pas s’en sortir. Et puisque que catastrophe il y a eu dans les deux cas, l’impensable est arrivé, pointant du doigt une (in)suffisance notoire et un comportement quasi inadmissible à la limite de la faute professionnelle, un comportement lui aussi… inqualifiable.

Las, on savait déjà que L’Equipe, comme tout bon quotidien (coucou Libé) était maître dans l’art du titre et le double sens. Mon propos du jour ne tient pas là. En fait j’ai eu récemment une discussion avec une personne qui m’est chère, qui m’a dit qu’elle se sentait aujourd’hui disqualifiée… Sans disserter plus longuement sur le pourquoi du comment ni sur les raisons, objectives ou pas, qui pourraient justifier ce sentiment à défaut de cet état, disons qu’elle a connu des moments plus simples dans sa vie, et ce dans toutes ses dimensions, et qu’on pourrait comprendre pourquoi elle peut en arriver à penser cela aujourd’hui. Même si elle possède toutes les qualités et la force pour dissiper ce sentiment et s’en convaincre (les autres le sont déjà).

Mais le plus frappant dans tout cela, c’est le mot qu’elle emploie: disqualifiée… Ce mot porte en lui une tristesse et une nostalgie qui emportent tout, contrairement au fameux inqualifiable évoqué. Car inqualifiable signifie, d’une part une potentialité via le suffixe able, donc un espoir, d’autre part une négation via le préfixe in, donc la ruine de cet espoir. Inqualifiable, au moins au sens premier du terme, c’est « qui n’a pas pu être qualifié, dont l’espoir de progresser et d’appartenir au groupe de « ceux qui sont passés » n’a pu être concrétisé. C’est négatif certes, mais tourné vers l’avenir et oxymorement porteur de potentialité. D’ailleurs les « inqualifiables » de 1993 ont été Champions du Monde 5 ans plus tard… (je ne parle pas de l’avenir du PSG là…).

Disqualifiée en revanche est synonyme d’une toute autre sémantique… Un préfixe dis qui signifie séparation et/ou négation, porteur d’intensité, et une conjugaison au passé qui renvoie aux limbes et voue aux gémonies. Le disqualifié, c’est celui qui a été qualifié (performance), contrairement à ce que serait un néologisme d’inqualifié, mais… qui ne l’est plus. Qui a été sorti du cénacle de « ceux qui se sont qualifiés, sont passés », sans beaucoup d’espoir d’y retourner et de réintégrer le groupe, pour continuer de filer la métaphore sportive. C’est l’expression même du point de non retour et de « celui qui a été ».

Les deux mots, inqualifiable et disqualifié, sont tous deux distincts, mais bien trop définitifs et abrupts pour en rester là. Car tout inqualifiable peut espérer de nouveau l’être, ne serait-ce que pour autre chose, ainsi que tout disqualifié (si ce n’est à vie, mais c’est autre chose), peut nourrir l’espoir d’être qualifié, voire re-qualifié.

En revanche, le mot disqualifiable me paraît plus intéressant. Déjà parce qu’il apparaît dans mon texte souligné d’une barre rouge, donc qu’il n’existe pas dans la langue française, vous savez celle qui n’aime pas qu’on invente des mots contrairement à l’allemand. D’autre part, comme « ceux qui ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (tribute to « citations de merde de coaches professionnels trouvées sur Internet »), ce mot est pourtant d’une acuité et d’une pertinence démentes… Disqualifiable, c’est celui qui a été ou est encore qualifié, qui a passé les épreuves et a été admis, qui a »réussi » donc, qui n’est pas disqualifié, mais qui potentiellement peut l’être. Et perdre du jour au lendemain sa famille, sa relation, ses amis, sa santé, son job, sa vie presque. Celui qui a tout, ou presque, mais peut le perdre.

Peu d’entre nous sommes inqualifiables ou disqualifiés. Mais nous sommes tous disqualifiables, au moins pour un temps et une partie de notre vie seulement (c’est à souhaiter). Mais, et c’est là tout le paradoxe, plus on se sait disqualifiable et moins on a de chances de l’être, tant cette angoisse nourrit une énergie salvatrice de survie qui fait… qu’on l’est moins. La conscience de la fragilité et de l’éphémérité de l’équilibre de nos vies est le meilleur garant qui soit de celle-ci. Car, pour paraphraser la personne évoquée ci dessus, « on win, on win… juqu’au jour où on on lose… ». De qualifié à disqualifié. Sauf que l’inverse est vrai aussi, puisque « on lose, on lose, jusqu’au jour où on win… ». D’inqualifiable à qualifié. Mais dans tous les cas, et paradoxalement pour notre plus grande force, à tout moment disqualifiable pour être mieux qualifié. Car, comme le disait le grand philosophe franco-allemand Franck Ribéry, « la routourne finit toujours par tourner’.

Je crois (encore) aux forces de l’esprit

Comme on dit volontiers aujourd’hui, attention alerte vieux con #cetaitmieuxavant. Que les plus acerbes se rassurent, il n’est pas ici question de porter un regard nostalgique et ému sur l’éclairage à la bougie, les transports à cheval ou encore l’absence totale de fraises à Noël sur les étals des marchés (voire…). Ni même de regretter ces temps moins anciens où la télévision dictait les choix de programmes à regarder, où les opinions personnelles restaient personnelles ou réservées à un cercle fermé et privatif, où la rumeur restait l’essence-même du secret: une chose qu’on ne dit qu’à une seule personne à la fois, sans pouvoir en vérifier en un clic si ce n’est la véracité, au moins la teneur.

Nous sommes aujourd’hui dans un monde de l’information, de la connaissance universelle et de l’instantanéité. Où tout, absolument tout et son contraire, sont accessibles en une seconde. Et où tout le monde devient source d’information. Las, de quelle information parle-t-on? Je m’étais surpris à l’époque d’un mouvement de défiance de ma part face à Wikipedia, l’encyclopédie collective du savoir. Comment? La connaissance collective serait-elle équivalente, voire supérieure au savoir livresque? Une cohorte de gens lambda pourrait battre en brèche Larousse, Robert et l’Académie? Pour être franc je reste toujours assez sceptique personnellement, mais la question ne se pose plus. Le débat est clos. Il est parfaitement inutile de discuter avec qui que ce soit, puisque maintenant nous sommes entrés dans l’ère de: « c’est vrai, c’est sur Wikipedia », devenu à son tour, malgré ses déboires financiers, le même dictateur de l’information et de la connaissance que l’étaient dans des temps révolus les érudits de tout poil.

Internet n’invente rien. Il amplifie (à l’extrême), simplifie (à l’extrême), fluidifie (à l’extrême) des choses et des usages inhérents à la nature humaine. Les rumeurs ont toujours existé, mais on est passé d’une époque où on « se prenait à penser dans les milieux autorisés (par qui? pour quoi? quels étaient leurs réseaux?) » à un  temps où les réseaux s’autorisent  non à penser mais à donner leur avis. Comme l’ont très bien signalé les différents éditorialistes ces derniers temps à propos de « l’affaire Hulot » (en est-elle une du coup?), on est passé de chroniques judiciaires à un lynchage médiatique immédiat et énorme sur la base de… rien. La fameuse présomption d’innocence (qui vaut d’ailleurs aujourd’hui par exemple pour Jonathann Daval et Nordahl Lelandais) est invoquée non plus pour des gens inculpés, mais non encore jugés, mais pour des gens… évoqués dans des rumeurs, inculpés de rien puisqu’il n’y a aucune instruction judiciaire, mais déjà jugés sur le principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Les mêmes principes qui ont présidé à l’Inquisition, aux procès de Moscou et à la justice nazie…

Cette tribune, voire ce tribunal  de tout et tous s’accompagne invariablement d’une exigence de transparence et de virginité, à tel point qu’aucun acte, dire, écrit, le plus insignifiant soit-il, le plus vieux (prescrit) soit-il n’est plus acceptable, ou en tous cas accepté. Pour les puissants et les célèbres. Mais demain aussi pour chacun de nous, occupés à revoir avec angoisse toutes nos timelines, à cleaner nos passés à défaut de nos souvenirs, à extirper de nos historiques le moindre truc a priori non politiquement correct. Tocqueville évoquait le despotisme (la tyrannie) de la majorité. On y est. Voilà. Les scenarii de science-fiction prédisaient tous l’éradication de la race humaine par les machines et les robots, et les pourfendeurs de l’IA en rajoutent… Foin de tout cela, le monde de demain n’aura pas besoin de cela, en ne faisant qu’exposer au plus grand nombre et immédiatement la turpitude et l’intolérance non pas des individus, mais de la masse.

Une masse puissante, surpuissante, mais informe, sans idée ni direction qui ne fait plus confiance qu’à elle-même pour suivre la voie erratique qu’elle ne trace pas. Une masse qui détient collectivement tout le savoir mais n’en possède individuellement qu’un soupçon, puisque, ce savoir étant à portée de main, nul n’est besoin d’en posséder une once. Les joutes verbales, les démonstrations d’éloquence, les concours de bel esprit, voire les grands oraux des concours, à quoi bon? Aujourd’hui encore la vivacité d’esprit, la répartie, l’humour… sont encore des vertus reconnues par certains et font partie de la panoplie de l’honnête homme. Du XVIIème siècle. Pas du XXIème..