Amazon Echo: on n’arrête plus le progrès de la connerie

Comme on dit parfois chez les plus jeunes, alerte! Voire double alerte! Alerte un parce qu’une fois de plus, malgré des éléments trompeurs de titre et d’image, ce post ne parle pas (que) de progrès, mais plus généralement de notre société et de son avenir, si tant est qu’elle en ait un. Alerte deux = alerte vieux con, pour les plus jeunes (une majorité) qui trouveraient que ce post ne « fait aucun sens », comme ils disent (une majorité aussi?).

Nous sommes le 27 juin 2018, au début de l’été, en pleine Coupe du Monde de foot, et nous baignons depuis quelques années dans une frénésie de technologie toujours plus « intelligente » pour le plus grand bonheur de l’humanité connectée.

Il fut un temps où il fallait faire les choses par soi-même, lire des livres, emmagasiner du savoir pour devenir un « honnête homme », et se bouger le cul pour aller remplir son panier de courses au marché du coin. Il le fallait parce que c’était comme ça, et que globalement il n’y avait aucune alternative à ces règles. Les ordinateurs sont passés par là, et on a commencé à pouvoir faire faire ces choses. En « écrivant », ou plutôt, comme je le fais actuellement, en tapant sur un clavier, puis en appuyant sur des touches fatidiques car définitives, alternativement « envoyer », « commander », « supprimer », « confirmer », etc… Le tout en passant par l’étape obligatoire du « êtes-vous sûr, voire bien sûr de vouloir faire cela? », quand, à 3h du matin et autant de grammes, on se prenait à reset son ordi ou son téléphone et effacer ses données, à commander un Uber pour aller à Perpignan, ou à acheter 4 articles sur chanel.com pour un total HT de 15700€. C’est assez cocasse d’ailleurs de constater que, si une personne est assez conne / ivre / défoncée pour faire tout ça, le créateur de l’interface a jugé qu’elle reprendrait ses esprits et dégriserait immédiatement à la vue de ce « êtes-vous bien sûr…? ». Aaaaattends lààààà jeee suis paaaas très sûûûr finalemennnnt…

On a donc supprimé l’écriture manuelle pour la remplacer par le « tapuscrit ». De même, on a préféré stocker le savoir dans « une galaxie infinie ouverte à tous », tant et si bien que plus personne n »éprouve le besoin de s’en approprier la moindre parcelle. Mais il y avait encore trop de trucs à faire; allumer un ordi, aller sur un site, taper, confirmer, etc…

Et là le PROGRES nous propose un truc génial: plus la peine, t’as qu’à parler. Et on invente Google Home et Amazon Echo. Ah c’est cool on va pouvoir éviter toutes ces tâches fastidieuses (lesquelles exactement?) pour pouvoir tout voir / faire / savoir en parlant, et se consacrer à des choses plus essentielles. Lesquelles exactement? Jouer à League of Legends? Liker des posts d’Instaconnasses? Se branler pour la 4ème fois sur YouPorn? Et demain, quand parler deviendra trop fatiguant, l’IA nous proposera-t-elle de lire dans nos pensées, s’il en reste encore, pour les devancer? Ca promet de belles heures de rigolade en perspective. J’aimerais voir les réponses d’Echo aux pensées des personnes dans une pièce dans une soirée: « oui, d’après son historique réseaux sociaux, la nouvelle copine d’Arthur est vraiment une salope, d’ailleurs… ». « Non, il n’y a plus de pizza, la dernière part a été mangée par Vanessa en scred dans la cuisine »…

Mais je m’égare car Echo et Google Home ne servent pas à cela. Ce serait trop simple de leur demander ce pour quoi ils ont été conçus à l’origine: racheter du PQ, nous dire s’il va pleuvoir (c’est vrai qu’un ciel noir, du vent et une température qui se rafraîchit, ce n’est présage de rien), répondre aux questions usuellement posées sur Google genre « pourquoi les Chinois sont jaunes, les Noirs bien membrés et les Juifs riches… ».

Non,et j’en veux pour preuve le film de pub de lancement d’Echo. Une jeune fille d’environ 15 ans. Unique (la fille, comme fille unique). Ses parents, l’air sympa (merci le casting), qui l’aiiiiiiment et viennent d’acquérir l’objet. Et l’utilisent: va-t-il pleuvoir à Nantes? Oui (il pleut toujours à Nantes, tu ne risques pas de te tromper). J’ai acheté des pommes, trouve moi une recette de tarte aux pommes… Echo est fort: « j’ai trouvé une recette de tarte aux pommes », alors qu’il y en a 62000 sur Internet et que le premier abruti venu (moi) sait qu’il faut une pâte, du sucre et des pommes coupées en morceaux… Les parents  sont complètement à l’Ouest (ah ben oui puisqu’ils sont à Nantes). mais la jeune fille s’en fout. elle est amoureuse. Ben oui c’est normal elle a 15 ans… Mais, attention, tour de force créatif et tribute au zeigeist ambiant, elle est amoureuse… d’une autre fille… Ah merde! C’est dur! Surtout quand on a 15 ans. Et à Nantes en plus… Elle ne sait pas comment le leur dire et sortir du placard où ses parents sympas mais niais entassent les pommes…Elle tente de leur écrire, avec un crayon! Mais n’y arrive pas. Elle sait écrire a priori, mais ne trouve pas les mots… (voir ci-dessus pour le clin d’oeil). Et là, idée de génie, elle décide d’utiliser le dernier gadget des renps (car chacun sait qu’aujourd’hui, « ce sont les enfants qui apprennent aux parents », NDLR). Elle se plante devant eux et leur dit; « papa, maman, j’ai quelque chose à vous dire ». Elle pourrait dire qu’elle en a marre des tartes aux pommes, de racheter du PQ tous les deux jours, d’habiter à Nantes où il pleut tous les jours… Non. Elle se tourne vers son sauveur, ce petit boitier d’Echo et lui dit: « recommence ma musique ». Un truc qu’on dit tous évidemment, ce qui par ailleurs en dit long sur la vraie intelligence artificielle de l’objet et sa capacité à parler notre (nov)langue. Bref le truc comprend et commence à jouer « j’aime les filles » de Jacques Dutronc. Et elle, super fière, un sourire moqueur et soulagé  aux lèvres, tandis que ses parents font des têtes de bulots. « Qu’a-t-elle bien pu vouloir nous dire? Qu’elle aime Jacques Dutronc? Mais nous aussi… ». « Oh non, à moins que… ». Packshot, voix off, on emballe le tout. Echo d’Amazon, pour les petits et grands moments de notre vie, de A à Z comme Amazon, etc…

La morale de cette histoire c’est que le cauchemar a commencé et que l’IA, la techno (le progrès, pas la musique) ont déjà compris, dépassé voire supplanté nos paroles et nos pensées. Ok on le savait déjà depuis que Sarah Connor nous a prévenus il y a 35 ans. A peu près en même temps que Marty McFly d’ailleurs… Tous ces personnages de fiction (à l’époque) que les développeurs qui commettent les objets actuels vénèrent… Mais d’ailleurs, est-on bien sûr que ces développeurs soient vraiment tous humains?

Publicités

Disqualifiable

Je me souviens, comme souvent, du titre de mon quotidien préféré (oserais-je citer L’Equipe?) qui n’a barré la une du journal que 2 fois à ma connaissance: INQUALIFIABLE, en novembre 1993 après France-Bulgarie et en mars 2017 après le 6-1 du Barça contre le le PSG (hi hi hi) et la fameuse remontada…

Deux fois où, effectivement, aucun autre mot n’était possible, puisqu’il s’agissait dans les deux cas, et pour des équipes et des époques bien distinctes, de contre-performances avérées où il était admis, vu le passé (les matches précédents) que « tous les clignotants étaient au vert » et qu’il faudrait une catastrophe colossale pour ne pas s’en sortir. Et puisque que catastrophe il y a eu dans les deux cas, l’impensable est arrivé, pointant du doigt une (in)suffisance notoire et un comportement quasi inadmissible à la limite de la faute professionnelle, un comportement lui aussi… inqualifiable.

Las, on savait déjà que L’Equipe, comme tout bon quotidien (coucou Libé) était maître dans l’art du titre et le double sens. Mon propos du jour ne tient pas là. En fait j’ai eu récemment une discussion avec une personne qui m’est chère, qui m’a dit qu’elle se sentait aujourd’hui disqualifiée… Sans disserter plus longuement sur le pourquoi du comment ni sur les raisons, objectives ou pas, qui pourraient justifier ce sentiment à défaut de cet état, disons qu’elle a connu des moments plus simples dans sa vie, et ce dans toutes ses dimensions, et qu’on pourrait comprendre pourquoi elle peut en arriver à penser cela aujourd’hui. Même si elle possède toutes les qualités et la force pour dissiper ce sentiment et s’en convaincre (les autres le sont déjà).

Mais le plus frappant dans tout cela, c’est le mot qu’elle emploie: disqualifiée… Ce mot porte en lui une tristesse et une nostalgie qui emportent tout, contrairement au fameux inqualifiable évoqué. Car inqualifiable signifie, d’une part une potentialité via le suffixe able, donc un espoir, d’autre part une négation via le préfixe in, donc la ruine de cet espoir. Inqualifiable, au moins au sens premier du terme, c’est « qui n’a pas pu être qualifié, dont l’espoir de progresser et d’appartenir au groupe de « ceux qui sont passés » n’a pu être concrétisé. C’est négatif certes, mais tourné vers l’avenir et oxymorement porteur de potentialité. D’ailleurs les « inqualifiables » de 1993 ont été Champions du Monde 5 ans plus tard… (je ne parle pas de l’avenir du PSG là…).

Disqualifiée en revanche est synonyme d’une toute autre sémantique… Un préfixe dis qui signifie séparation et/ou négation, porteur d’intensité, et une conjugaison au passé qui renvoie aux limbes et voue aux gémonies. Le disqualifié, c’est celui qui a été qualifié (performance), contrairement à ce que serait un néologisme d’inqualifié, mais… qui ne l’est plus. Qui a été sorti du cénacle de « ceux qui se sont qualifiés, sont passés », sans beaucoup d’espoir d’y retourner et de réintégrer le groupe, pour continuer de filer la métaphore sportive. C’est l’expression même du point de non retour et de « celui qui a été ».

Les deux mots, inqualifiable et disqualifié, sont tous deux distincts, mais bien trop définitifs et abrupts pour en rester là. Car tout inqualifiable peut espérer de nouveau l’être, ne serait-ce que pour autre chose, ainsi que tout disqualifié (si ce n’est à vie, mais c’est autre chose), peut nourrir l’espoir d’être qualifié, voire re-qualifié.

En revanche, le mot disqualifiable me paraît plus intéressant. Déjà parce qu’il apparaît dans mon texte souligné d’une barre rouge, donc qu’il n’existe pas dans la langue française, vous savez celle qui n’aime pas qu’on invente des mots contrairement à l’allemand. D’autre part, comme « ceux qui ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (tribute to « citations de merde de coaches professionnels trouvées sur Internet »), ce mot est pourtant d’une acuité et d’une pertinence démentes… Disqualifiable, c’est celui qui a été ou est encore qualifié, qui a passé les épreuves et a été admis, qui a »réussi » donc, qui n’est pas disqualifié, mais qui potentiellement peut l’être. Et perdre du jour au lendemain sa famille, sa relation, ses amis, sa santé, son job, sa vie presque. Celui qui a tout, ou presque, mais peut le perdre.

Peu d’entre nous sommes inqualifiables ou disqualifiés. Mais nous sommes tous disqualifiables, au moins pour un temps et une partie de notre vie seulement (c’est à souhaiter). Mais, et c’est là tout le paradoxe, plus on se sait disqualifiable et moins on a de chances de l’être, tant cette angoisse nourrit une énergie salvatrice de survie qui fait… qu’on l’est moins. La conscience de la fragilité et de l’éphémérité de l’équilibre de nos vies est le meilleur garant qui soit de celle-ci. Car, pour paraphraser la personne évoquée ci dessus, « on win, on win… juqu’au jour où on on lose… ». De qualifié à disqualifié. Sauf que l’inverse est vrai aussi, puisque « on lose, on lose, jusqu’au jour où on win… ». D’inqualifiable à qualifié. Mais dans tous les cas, et paradoxalement pour notre plus grande force, à tout moment disqualifiable pour être mieux qualifié. Car, comme le disait le grand philosophe franco-allemand Franck Ribéry, « la routourne finit toujours par tourner’.

Je crois (encore) aux forces de l’esprit

Comme on dit volontiers aujourd’hui, attention alerte vieux con #cetaitmieuxavant. Que les plus acerbes se rassurent, il n’est pas ici question de porter un regard nostalgique et ému sur l’éclairage à la bougie, les transports à cheval ou encore l’absence totale de fraises à Noël sur les étals des marchés (voire…). Ni même de regretter ces temps moins anciens où la télévision dictait les choix de programmes à regarder, où les opinions personnelles restaient personnelles ou réservées à un cercle fermé et privatif, où la rumeur restait l’essence-même du secret: une chose qu’on ne dit qu’à une seule personne à la fois, sans pouvoir en vérifier en un clic si ce n’est la véracité, au moins la teneur.

Nous sommes aujourd’hui dans un monde de l’information, de la connaissance universelle et de l’instantanéité. Où tout, absolument tout et son contraire, sont accessibles en une seconde. Et où tout le monde devient source d’information. Las, de quelle information parle-t-on? Je m’étais surpris à l’époque d’un mouvement de défiance de ma part face à Wikipedia, l’encyclopédie collective du savoir. Comment? La connaissance collective serait-elle équivalente, voire supérieure au savoir livresque? Une cohorte de gens lambda pourrait battre en brèche Larousse, Robert et l’Académie? Pour être franc je reste toujours assez sceptique personnellement, mais la question ne se pose plus. Le débat est clos. Il est parfaitement inutile de discuter avec qui que ce soit, puisque maintenant nous sommes entrés dans l’ère de: « c’est vrai, c’est sur Wikipedia », devenu à son tour, malgré ses déboires financiers, le même dictateur de l’information et de la connaissance que l’étaient dans des temps révolus les érudits de tout poil.

Internet n’invente rien. Il amplifie (à l’extrême), simplifie (à l’extrême), fluidifie (à l’extrême) des choses et des usages inhérents à la nature humaine. Les rumeurs ont toujours existé, mais on est passé d’une époque où on « se prenait à penser dans les milieux autorisés (par qui? pour quoi? quels étaient leurs réseaux?) » à un  temps où les réseaux s’autorisent  non à penser mais à donner leur avis. Comme l’ont très bien signalé les différents éditorialistes ces derniers temps à propos de « l’affaire Hulot » (en est-elle une du coup?), on est passé de chroniques judiciaires à un lynchage médiatique immédiat et énorme sur la base de… rien. La fameuse présomption d’innocence (qui vaut d’ailleurs aujourd’hui par exemple pour Jonathann Daval et Nordahl Lelandais) est invoquée non plus pour des gens inculpés, mais non encore jugés, mais pour des gens… évoqués dans des rumeurs, inculpés de rien puisqu’il n’y a aucune instruction judiciaire, mais déjà jugés sur le principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Les mêmes principes qui ont présidé à l’Inquisition, aux procès de Moscou et à la justice nazie…

Cette tribune, voire ce tribunal  de tout et tous s’accompagne invariablement d’une exigence de transparence et de virginité, à tel point qu’aucun acte, dire, écrit, le plus insignifiant soit-il, le plus vieux (prescrit) soit-il n’est plus acceptable, ou en tous cas accepté. Pour les puissants et les célèbres. Mais demain aussi pour chacun de nous, occupés à revoir avec angoisse toutes nos timelines, à cleaner nos passés à défaut de nos souvenirs, à extirper de nos historiques le moindre truc a priori non politiquement correct. Tocqueville évoquait le despotisme (la tyrannie) de la majorité. On y est. Voilà. Les scenarii de science-fiction prédisaient tous l’éradication de la race humaine par les machines et les robots, et les pourfendeurs de l’IA en rajoutent… Foin de tout cela, le monde de demain n’aura pas besoin de cela, en ne faisant qu’exposer au plus grand nombre et immédiatement la turpitude et l’intolérance non pas des individus, mais de la masse.

Une masse puissante, surpuissante, mais informe, sans idée ni direction qui ne fait plus confiance qu’à elle-même pour suivre la voie erratique qu’elle ne trace pas. Une masse qui détient collectivement tout le savoir mais n’en possède individuellement qu’un soupçon, puisque, ce savoir étant à portée de main, nul n’est besoin d’en posséder une once. Les joutes verbales, les démonstrations d’éloquence, les concours de bel esprit, voire les grands oraux des concours, à quoi bon? Aujourd’hui encore la vivacité d’esprit, la répartie, l’humour… sont encore des vertus reconnues par certains et font partie de la panoplie de l’honnête homme. Du XVIIème siècle. Pas du XXIème..

Je suis le fossoyeur du monde

Soyons franc, ce titre de billet de blog est suffisamment grandiloquent et racoleur pour être autre chose que ce qu’il est: un teasing pourri digne de la première des putes à clics venue. mais bon, apparemment ça a marché puisque vous commencez à lire cet article, donc venons-en aux faits.

Non, je n’ai pas la prétention d’être le fossoyeur du monde. Un parce que, a priori, le monde n’est pas (encore) mort. Deux parce que, même s’il l’était, je ne pourrais pas être tenu pour unique responsable de sa disparition.

Cependant l’histoire que je veux vous raconter ici est la mienne, mais aussi un peu la nôtre. Je suis né en 1966, comme Eric Cantona ou Sophie Marceau certes, mais ça n’a rien à voir. La conséquence, c’est que je suis né dans un monde bipolaire, un contexte de guerre froide et une lutte de tous les instants entre deux modèles de société opposés. Non pas que la France que j’ai connue enfant et adolescent était en proie aux Bolcheviques, mais, pour schématiser, elle appartenait aux « pays occidentaux », donc dans un système capitaliste hérité des USA, mais avait en face ou à côté d’elle l’exemple d’une voie différente. Ce qui lui donnait l’énergie de se battre contre elle, de défendre sa propre voie (un peu à la manière d’un Don Quichotte quand De Gaulle le faisait tout seul, certes, mais c’était mignon), et lui conférait le luxe d’abriter en son sein toutes sortes d’opposants plus ou moins fantaisistes, activistes, extrémistes, pas forcément en ligne avec le camp d’en face d’ailleurs (ne confondons pas Woodstock et Vladivostok). Georges Marchais était une idole nationale qui ne faisait pas tout à fait peur, mais qu’on surveillait quand même – j’en veux pour preuve l’effroi qui saisit la France en 1981 quand quatre ministres COMMUNISTES entrèrent au gouvernement… Bref un monde où ça allait plutôt pas mal, ou personne (ou presque) ne souhaitait la fameuse irruption des chars soviétiques à Paris, mais où, plus ou moins inconsciemment, des limites et  des barrières existaient, où on ne pouvait pas vraiment aller trop loin, parce qu’une alternative existait…

Las, comme toute ma génération, je suis arrivé sur le marché du travail début 1990. Après avoir fait une école de commerce. Pas convaincu de la toute-puissance de l’argent-roi, mais quand même nourri des 80’s et supporter de l’OM de Bernard Tapie, histoire de poser le décor…. Et surtout deux mois après la chute du Mur de Berlin.

A une époque où nous étions tous bouffis d’orgueil, bombant le torse à l’idée que nous avions gagné. Non pas nous, la France, mais nous, la liberté et la démocratie. Le monde qui s’offrait à nous était celui de l’harmonie, la paix, la libre expression, la coopération, le développement universel, etc… Et nous avons pu nous engouffrer non dans la brêche mais dans l’open space que la Porte de Brandebourg venait de créer. En travaillant dans la publicité j’assouvissais mon rêve d’enfant (si, si), mais je travaillais aussi à cette entreprise d’accroissement constant du bonheur universel. Je n’ai pas travaillé sur toutes ces marques, mais, même indirectement, j’ai aussi, à ma façon, fait Findus, en trouvant que, oui, c’est cool  d’avoir un bon truc à manger au congélo en rentrant tard de l’agence… J’ai trouvé sympa que Magnum lance des variétés choco lait, choco blanc, choco lait noisettes, choco blanc coco, avec autant d’emballages que de variétés. J’ai aimé toutes ces saveurs naturelles dans les sodas et les bonbons, en décrétant allègrement que, décidément, « Haribo c’est beau la vie ». J’ai adoré promouvoir des moteurs Diesel toujours plus puissants et toujours moins polluants, avec des petits lapins et des biches qui s’enfilaient gaiement sur l’image derrière leurs pots d’échappement. J’ai apprécié de pouvoir enfin manger du saumon abordable en toutes circonstances, d’avoir des McDos à chaque coin de rue avec, partout, la même bonne sauce Big Mac, d’avoir accès à des tonnes de trucs pas chers, ou moins chers, etc…

J’ai aimé ça, et j’y ai contribué honnêtement, gaiement et sereinement parce que naïvement… En fait, 27 ans après et (enfin) avec le recul possible, quelle horreur… Parce que la bassesse humaine est éternelle, mais ça on aurait dû le savoir. Mais aussi parce qu’elle s’exerce d’autant plus qu’il y a (beaucoup) d’argent en jeu (on le savait aussi), et parce qu’il n’y a pas de limites. Franchement, l’URSS, ça avait du bon (quand on ne vivait pas dedans).  Ca posait des bases. ça créait un contrepoids. Dès l’année d’après on aurait du le savoir… Elle aurait été où la task force « internationale des USA et des pétroliers » en Desert Storm du Koweït si l’URSS avait dit niet en 1991? Et si pas de Guerre du Golfe, pas de…, ni de… Enfin bref, une autre Histoire. Des choses que nous ne maîtrisons pas individuellement. Contrairement à ce que nous avons fait collectivement pendant 20 ans, et ce que j’ai fait individuellement.

Pour terminer, j’ai lu récemment (je ne sais plus où) un article qui résume tout. Si on considérait que la Terre a 45 ans, nous, les hommes (au sens de humains, hein, pas mâles, même si je hais cette manie genriste actuelle de devoir toujours préciser « et les femmes aussi », bref…), donc nous, les Hommes, serions là depuis 4 heures. Ok…
Mais dans la dernière minute qui vient de s’écouler, on vient de foutre en l’air la moitié des ressources de la Terre.

Et là, franchement , me dire que dans les 2 dernières secondes, j’y ai un tant soit peu contribué, ben ça ne me réjouit pas vraiment…

Marine Le Pen va gagner

TOPSHOT-FRANCE-POLITICS-CONGRESS-PARTY-FN

TOPSHOT – French far-right Front National (FN) party’s President, Marine Le Pen, gestures as she delivers a speech on stage during the FN’s summer congress in Frejus, southern France, on September 18, 2016. Marine Le Pen’s slogan reading « In the name of the [French] people » is seen on the rostrum. / AFP / Franck PENNANT (Photo credit should read FRANCK PENNANT/AFP/Getty Images)

Ou… de l’art du marketing de presse à sensation et du titre racoleur… Ok, j’avoue, certes, c’est moche,  mais j’ai quand même un propos derrière ça…

Vu la date de ce post (28/04), vous pouvez penser que je parle de la présidentielle. Erreur funeste: a priori (et il sera toujours facile de revoir tout ça a posteriori et de me couvrir de ridicule), l’affaire est pliée et finira au pire du pire à 58/42, voire, allez, 55/45. Arithmétiquement c’est impossible, et les cris d’orfraie que j’entends ici et là sur l’abstention différenciée ne me feront pas changer d’avis; certes il y aura beaucoup d’abstentionnistes parmi les mélenchonistes, beaucoup moins à mon avis chez les fillonistes, mais peut-on envisager, ne serait-ce qu’une seconde, que, parmi les « vrais votants », une majorité de ces électeurs de premier tour choisissent MLP vs Macron? 15% des Insoumis, 30% des LR via Sens Commun, etc…, mais vs 50% pour Macron. Le statu quo de départ ne suffirait pas à MLP, il lui faudrait renverser la table et l’opinion d’une majorité (absolue) de ces électeurs pour avoir une chance. Ne jamais dire jamais, rester vigilant, etc…, mais bon… (see mon post précédent).

En revanche, et c’est là que le bât blesse, la présidentielle est suivie de législatives, et, en dehors de missions régaliennes particulières dévolues au Président, c’est là véritablement que s’exerce le pouvoir, et c’est de là que sera issu le Premier Ministre. Attardons-nous un instant sur ces législatives. 577 circonscriptions (les circos en langage politique) et, a priori, 577 candidats En Marche, et ce d’autant plus si Manu est Président. Mais aussi 577 candidats FN (ou Bleu Marine comme ils disent, c’est plus propre). Ca c’est sûr. Et pour le reste? Des LR oui, mais sans chef, sans énergie, sans élan. Des PS sûrement, mais comme les LR en 3 fois pire (3 = 19,5% / 6,3%). Des insoumis? Lesquels? Des Communistes, des FDG, des je ne sais quoi?  Dégoûtés de la politique, abstentionnistes du 2ème tour, lâchés par leur « leader minimo » au silence assourdissant, ils iront à la bataille en ordre dispersé et clairsemé.

Donc à venir: des combats EM /FN locaux (bis repetita du 2ème tour) mais… avec 577 enjeux individuels, 577 implantations de terrain, et les 2 ou 3 composantes de la vie politique traditionnelle française pour arbitrer. Situation intenable pour le PS et les LR: présenter des candidats leur est indispensable pour surnager dans la tempête et… les maintenir au second tour le leur sera tout autant quand ce sera possible. Ils ne pourront pas, cette fois, faire ce qu’ils murmurent du bout des lèvres et appeler au Front Républicain, faute d’être complètement dissous…

Et donc, s’ils se maintiennent parce qu’ils ne peuvent faire autrement (ce qui n’exclut pas des désistements locaux et isolés, au risque d’être mis au ban de son propre parti, un comble…), on aura un nombre incalculable de triangulaires, voire de quadrangulaires. Cette simulation (ici) montre bien, même si c’est un copier-coller des votes du premier tour et que les choses changeront d’ici là, que c’est le FN qui est en tête dans nombre de circos et de départements, et que les triangulaires et quadrangulaires sont tout à son avantage. Qui plus est, Macron, à la recherche d’une majorité présidentielle introuvable dans l’absolu quand, comme lui, on n’ a pas d’histoire, pas de parti, pas d’implantation, etc…, continuera de se poser en dynamiteur des frontières traditionnelles et lorgnera vers les miettes de droite et gauche dans une folle étreinte qui ressemblera à un baiser de la mort.

Résultat: soit un grand parti « de la raison » avec EM, les miettes de LR et PS, bref une sorte de formalisation concrète de l’UMPS chère au FN, donc alimentant sa cuisine électorale, et de chaque côté les extrêmes que sont le FN et les Insoumis (inorganisés et démoralisés, rappelons-le, et avec en tête plus un 3ème tour social et manifestant qu’une bataille électorale ploutocrate). Soit une guerilla locale et des suites d’escarmouches entre une force d’occupation (EM) et des résistants harceleurs et harcelés (les vieux partis traditionnels). Dans les deux cas, et faute d’une organisation digne de ce nom de la gauche mélenchoniste, le FN n’aura qu’à se baisser pour renvoyer tout le monde dos à dos et tirer les marrons du feu. A commencer par une majorité, au moins relative, aux législatives de juin.

C’est un dilemme cornélien, un truc kafkaïen pour les partis historiques, pour qui aucune position politique n’est bonne. Mais, en créant En Marche et en en démontrant l’efficacité via sa future victoire le 7 mai, Macron concrétise l’UMPS et offre paradoxalement un futur boulevard au FN. Etait-ce son intention? Evidemment pas. Mais ça devient grave. Et, pour le coup Manu, « c’est pas ton destin », c’est le nôtre qui est en jeu.

Lettre ouverte aux seuls 5% des électeurs qui le méritent

Ce billet sera court. très court.

Allons-y sans ambages: contrairement à ce que je m’étais dit au départ (see https://bertrandjanny.wordpress.com/2017/02/07/le-7-mai-fais-ce-quil-te-plait/), je n’ai pas voté blanc au premier tour. J’ai voté… Macron. Absolument pas par adhésion, juste par calcul à 2 balles en me demandant quel serait le « moins pire » des 4  candidats pressentis et au coude à coude pour le 2ème tour. J’ai suffisamment dit du mal de Macron pour me défausser et me déjuger dans l’absolu, mais pour moi, un mauvais Macron est, à tout prendre, encore préférable aux 3 autres…

J’ai comme vous vécu la soirée du 23 avril, et j’ai trouvé ça choquant, indigne, léger voire leste… Je me suis dit au départ que le discours se devait d’être historique, grave, inspiré, que le temps du vrai changement allait venir… Or il est évident que Macron n’a aucune intention de changer quoi que ce soit, et son 23/04 au soir (discours de merde indigent, saluts façon reine d’Angleterre à la foule en liesse, bécot à Birgit, parade en bagnole en grillant les feux rouges, Rotonde, etc…) me laisse penser qu’il pense qu’il a déjà gagné (ce qui est sûrement vrai) et que cela seul lui importe. Si Chirac, expérimenté, habile et assez humain / humaniste in fine ne l’a pas fait en 2002 face à JMLP et au choc immense que cela a représenté, pourquoi un jeune blanc-bec de 39 ans, sans aucune expérience ni vision, le ferait face à MLP, la version (prétendûment) soft et dédiabolisée?

Donc on en prend pour (au moins) 5 ans sans illusions, sans espérance, en n’ayant que les législatives pour essayer de compenser (compenser quoi d’ailleurs?).

Oh wait, le 2ème tour n’a pas eu lieu. C’est pas (tout à fait) fini… Et là j’en viens à mon point. Les « déçus du premier tour », donc supposément 55% des votants (voire plus si on compte des gens comme moi…) se sentent volés, dépossédés, etc… Ben oui, ils ont perdu, c’est le jeu démocratique, même si manipulé… Mais là, on commence à transiger, à discuter, à ergoter, à pondre des communiqués à la con genre « pas une voix ne doit aller à MLP, l’abstention n’est pas dans nos gènes, mais je ne cite pas Macron », « il faut faire barrage au FN mais ne pas voter EM… », bla bla bla… #sansmoile7mai et autres billevisées. Mélenchonistes et fillonistes unis dans la transaction, les fausses pudeurs, les calculs de « 3ème tour » social ou législatif, etc…

Vous savez quoi les gars? On s’en fout. Faites ce que vous voulez le 7 mai (sauf voter MLP évidemment). Abstenez-vous, allez à la pêche, tricotez-vous des vestes col Mao, recyclez les pancartes des manifs du 1er mai, forniquez sans préservatif pour ne pas contrarier Dieu, allez à la messe avec Christine Boutin et lâchez-nous. On n’a pas besoin de vous, on ne négociera avec personne, on ne mettra personne en porte-à-faux avec vos voix « du bout des doigts, la pince à linge sur le nez »…

Macron: 24%, MLP: 21,5%. en supposant que les électeurs des 2 camps du premier tour votent de façon identique au 2ème (a priori c’est le cas, non?), en étant extrêmement pessimiste et en attribuant d’office les 5% de Dupont-Aignan à MLP, voire les 1% de Asselineau, ça la met à… 27,5%. J’envisage même le pire, que les 6% de Hamonistes votent à 50/50 entre les 2 candidats (hypothèse très hautement improbable, convenons-en): ça donne EM à 27% et MLP à 30,5%.

Abstenez-vous, allez vomir, et laissez-nous parler aux personnes de bonne volonté.

Il manque donc mécaniquement… 4% de voix à EM pour être élu… Non que ça me réjouisse, mais pour éviter que MLP le soit… Je vais vous dire où elles sont, ces voix: dans ne serait-ce que le quart des 20% d’électeurs Fillon qui ont voté par fidélité à un parti, une tradition, mais qui ne sont ni Sens Commun, ni Boutin, ni quoi que ce soit… dans cette partie LR démocrate-chrétienne feue UDF qui a toujours eu du mal avec les bonapartistes de l’ex-RPR… Dans des Juppéistes, des Lemaire, des NKM, etc… Et les gars, si vous ne le faites pas par conviction (ce qui serait déplorable par ailleurs), faites-le pour votre pognon (oui je sais, c’est cynique) en pensant à ce que deviendrait votre bas de laine en cas de retour au franc…

Et si franchement il n’y a pas 5% d’électeurs pour voter EM et non MLP chez eux, c’est que ce parti est à gerber, et que la France est à désespérer. Ce n’est pas complètement impossible (tout comme une victoire de MLP), mais ce n’est ni probable, ni souhaitable.

 

Macron ou le marcheur immobile

Mon dernier billet de blog datait du 7 février, il y a donc 2 mois tout juste. On était à l’époque à 3 mois du second tour, et nous voici maintenant à 1 seulement, donc à… deux semaines du premier tour. Ca, ce sont des faits, objectifs, avérés, irréfutables.

En règle générale, comme se plaisent à le dire les sondeurs, éditorialistes et journalistes de tous bords, cette période est traditionnellement dite « de cristallisation », faisant fi au passage de l’aspect éminemment fragile que porte de façon intrinsèque le cristal du même nom. Le temps où les sondages se stabilisent, où les forces en présence sont établies, et où il est d’ores et déjà temps de se projeter sur le second tour, voire les législatives, si ce n’est la recomposition politique qui s’ensuit et le fameux « coup d’après ».

Aujourd’hui, force est de constater que les choses sont on ne peut plus mouvantes, voire fuyantes, et qu’il est impossible de se projeter sur quoi que ce soit.

Examinons les forces en présence: le duo gagnant annoncé Le Pen – Macron se tasse, voire se rabougrit et n’a plus totalement le vent en poupe. Il ne subit pas de dynamiques contraires, il est juste dans une inertie coupable face à des adversaires mobiles. Mais leurs situations sont très peu comparables: Le Pen est aujourd’hui créditée de 23 à 24% des intentions de vote, mais elle a toujours été sous-évaluée dans les sondages, et surtout elle dispose d’un socle de « votants certains » d’environ 80%, ce qui mécaniquement la maintient ipso facto au minimum à 20%. Et d’une.

Mélenchon fait le show, fait le métier, devient (Ed Pac reprezent) un « papy Werther » sympa et non plus un Pol Pot de banlieue, et se la joue bonhomme avec ses « amis » des débats en ramassant le morceau à la fin. Il pratique, aux dépens de Hamon, la politique attilienne (de Attila hein, pas de J.Attali…) de la terre brûlée et n’en finit plus de le rétrécir, le pauvre gosse… Il est aujourd’hui à 17-18%, pendant que son acolyte est passé en dessous des 10%. Si la dynamique se confirme, et surtout si la majorité des élus PS pense qu’elle a plus de chances de conserver son siège de député en ralliant Macron, Hamon est mort et n’aura plus que Aubry et Sapin pour le soutenir; comme dirait De Gaulle, « vaste programme ». Un Hamon à 5% (l’étiage de G. Defferre en 1965), c’est potentiellement un Mélenchon à 20%. Et de deux.

Fillon, lui, regagne du poil de la bête. Sa descente aux enfers médiatiques et sondagiers est terminée, il a touché le fond de la piscine (dans son petit loden marine). Parce que franchement, y en a marre, et que trop d’histoires tuent les histoires. Parce que l’acharnement (pas immérité par ailleurs) aura tôt fait de se retrouver contre-productif et de se retourner contre ses auteurs. Parce que l’homme (très attaquable) s’efface progressivement devant la stature (sûrement, et malheureusement, le plus « rassurant » aujourd’hui) et le programme. J’en veux pour preuve une scène surréaliste à laquelle j’ai assisté ce week-end: là où j’habite, à Auteuil donc, terre ô combien défavorable à la droite républicaine (sic!), de nombreux jeunes gens d’environ 65 ans de moyenne m’ont tendu des prospectus en précisant bien : « le PROGRAMME de François Fillon ». Après avoir engagé la conversation, ils ajoutaient: « oui le programme, pas l’homme, on est comme vous, etc…, mais bon, c’est le seul programme qui tienne la route, faîtes-le pour la France, etc… ». Si on rajoute à cela la posture dans laquelle il se place, à juste titre, de « seul capable de réunir autour de lui une majorité claire » aux législatives, et le fait, comme il l’évoque après l’avoir sûrement lu sur mon dernier billet de blog, que son vote a été un temps plus honteux que le vote Le Pen père à une époque, force est de constater qu’il pourra difficilement faire moins de 20%. Et de trois…images mac

Reste donc mon dernier 20% que je réserverai… au novice. Là où Macron court à sa perte et s’apprête à devenir le Lecanuet de 2017, une sorte de beau gosse qui fait se pâmer la ménagère un temps avant que l’on ne passe aux choses sérieuses, c’est que maintenant on attaque le dur, le Tourmalet, l’Alpe d’Huez. Là où on voit les vrais grimpeurs. Là où l’expérience et la ruse politicienne font la différence. Mélenchon l’a. Le Pen l’a. Fillon l’a. Pas lui. De même qu’il n’a pas la possibilité de mettre en avant sa capacité à rassembler une majorité aux législatives, il ne peut suggérer ou susurrer un nom d’éventuel Premier Ministre. De même qu’il a un temps été la coqueluche des media, l’OVNI qui faisait souffler un vent nouveau, il devient aujourd’hui l’homme à abattre. D’outsider trépignant, énergique et vivifiant, il est devenu favori. Une position inconfortable, inconnue et par définition éphémère. Une position, on le sait, qui interdit tout mouvement d’envergure, a fortiori quand, comme lui, on est sur un fil et dans un grand écart permanent entre « ni gauche, ni droite, bien au contraire je suis d’accord ». Macron se rêvait Napoléon à Austerlitz, il est Bagration en haut du plateau de Pratzen: heureux de la position enviable qu’il occupe et en même temps incapable à la fois d’en bouger et d’y rester. Il piétaille, trépigne, bouge, vocifère, s’époumone. Il marche mais n’avance pas ou plus. Il est un marcheur… immobile.

Ces 4 20% sont là, devant nous. A eux 4, ils ne font que… 80%, et la décision se fera sur les 20% restants. Le cas de figure annoncé donne Macron – Le Pen. Je penche pour Fillon – Le Pen, déjà très duraille à avaler, en priant pour éviter un Mélenchon – Le Pen qui nous plongerait dans les affres d’un affrontement très « 30’s in Germany » avec, quelle qu’en soit l’issue, du grabuge à prévoir. Mais bon, cela dit, en y réfléchissant bien, c’est aussi en vue quel que soit le duel final, et donc le vainqueur. Et sans parler de législatives pas piquées des hannetons (expression vieux cul par excellence) dans la foulée. Bon, je n’ai plus qu’à valider rapidement un Parions Sport des familles en espérant toucher la cote, c’est ce qui me semble encore le plus réaliste…